Pension de réversion : ce que touche le conjoint survivant
Comprendre à combien vous avez droit après le décès de votre conjoint, et comment en faire la demande sans rien perdre.
La pension de réversion, c'est une partie de la retraite de votre conjoint décédé qui vous est versée. Elle n'est jamais automatique : il faut la demander, idéalement dans les 12 mois. Les conditions (âge, ressources, durée de mariage) changent selon les régimes du défunt, et un même décès ouvre souvent plusieurs réversions à cumuler.
Ce qu'il faut retenir
Une part de la retraite du défunt
La réversion vous verse une fraction de la retraite qu'avait ou qu'aurait eue votre conjoint. Le pourcentage dépend du régime : 54 % pour un salarié (retraite de base), 60 % pour la complémentaire des salariés (AGIRC-ARRCO), 50 % pour un fonctionnaire.
Souvent plusieurs pensions à cumuler
Un salarié laisse au moins deux réversions : la base (54 %) et la complémentaire (60 %). Exemple : sur une retraite de 1 300 € de base + 800 € de complémentaire, vous pouvez toucher environ 702 € + 480 €, soit à peu près 1 182 €/mois brut (sous réserve des conditions de ressources sur la base).
Il faut avoir 55 ans (dans la plupart des régimes)
Au régime général et à l'AGIRC-ARRCO, l'âge minimum est 55 ans. Exception AGIRC-ARRCO : pas d'âge minimum si vous avez 2 enfants à charge ou êtes invalide. Chez les fonctionnaires, il n'y a aucune condition d'âge.
Vos ressources comptent... mais pas partout
La réversion de base des salariés est soumise à un plafond de ressources. En revanche, l'AGIRC-ARRCO et la fonction publique la versent sans condition de ressources : vos autres revenus n'y changent rien.
Le remariage : attention, ça dépend du régime
Au régime général (base), vous gardez la réversion même si vous vous remariez. Mais à l'AGIRC-ARRCO et dans la fonction publique, un remariage vous fait perdre la réversion.
Divorcé(e) et non remarié(e) : vous avez des droits
Au régime général, l'ex-conjoint divorcé non remarié est traité comme un conjoint survivant. Si le défunt s'est remarié, la réversion est partagée entre les ex-conjoints et le veuf, au prorata de la durée de chaque mariage.
Vous êtes imposé(e) dessus
La réversion est un revenu imposable, comme une pension de retraite : elle entre dans votre déclaration après un abattement de 10 % et supporte les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, CASA). Prévoyez-le dans votre budget.
Trop jeune pour la réversion ? L'allocation de veuvage
Si vous n'avez pas encore l'âge requis, une allocation de veuvage temporaire peut prendre le relais, sous conditions d'âge, de ressources et de résidence. Elle s'arrête en cas de remariage, de PACS ou de concubinage.
Votre cas, ce que prévoit la règle
| Votre situation | Ce qui s'applique | Fondement |
|---|---|---|
| Votre conjoint était salarié (retraite de base) et vous avez au moins 55 ans | Réversion de 54 %, sous condition de ressources, sans durée de mariage exigée ; vous la gardez même en cas de remariage | CSS art. L353-1 ; R353-1 |
| Votre conjoint était cadre/salarié affilié AGIRC-ARRCO (complémentaire) | Réversion de 60 % dès 55 ans (ou avant si 2 enfants à charge/invalidité), sans condition de ressources, mais perdue si vous vous remariez | ANI 17 nov. 2017 ; Circ. AGIRC-ARRCO 2020-02 |
| Votre conjoint était fonctionnaire (SRE/CNRACL) | Réversion de 50 % après 4 ans de mariage, sans condition d'âge ni de ressources, mais perdue en cas de remariage, PACS ou concubinage | CPCMR art. L38 ; L40 |
| Vous êtes divorcé(e) du défunt et non remarié(e) (régime général) | Vous êtes assimilé(e) à un conjoint survivant et avez droit à la réversion, sans condition de non-remariage au régime général | CSS art. L353-3 |
| Le défunt s'était remarié après vous avoir eu(e) comme conjoint | La réversion de base est partagée entre les bénéficiaires au prorata de la durée de chaque mariage ; au décès de l'un, sa part revient aux autres | CSS art. L353-3 |
| Vous touchez déjà votre propre retraite et une réversion sous condition de ressources | Les deux se cumulent, mais la réversion est écrêtée pour ne pas dépasser le plafond de ressources | CSS art. L353-1 ; R353-1 |
| Vous cumulez retraite personnelle et réversion AGIRC-ARRCO ou fonction publique | Cumul libre, sans plafond : vos autres revenus ne réduisent pas la réversion | CSS art. L353-1 ; R353-1 |
| Vous n'avez pas encore liquidé toute votre retraite personnelle | Le montant de la réversion sous condition de ressources reste révisable jusqu'à la cristallisation : 3 mois après liquidation de tous vos droits, ou à défaut à l'âge légal | CSS art. R353-1-1 |
| Vous êtes trop jeune pour la réversion de base | Vous pouvez demander l'allocation de veuvage temporaire (conditions d'âge, ressources, résidence), qui cesse au remariage, PACS ou concubinage | CSS art. L356-1 ; L356-3 |
| Vous percevez une pension de réversion | Elle est imposable comme une pension après abattement de 10 % et soumise à CSG/CRDS/CASA | CGI art. 79 ; 158, 5-a ; BOI-RSA-PENS |
| Le décès a eu lieu et vous voulez ouvrir vos droits | Demande unique en ligne pour tous les régimes ; déposée dans les 12 mois, elle prend effet au 1er jour du mois suivant le décès | CSS art. L353-1 ; R353-1 |
| Vous n'avez pas d'avantage retraite personnel et avez élevé des enfants | Une majoration forfaitaire par enfant à charge et une majoration pour enfants élevés peuvent s'ajouter | CSS art. L353-5 ; L351-12 |
Les pièges à éviter
Ne comptez jamais sur un versement automatique
Aucune caisse ne vous versera la réversion sans demande de votre part. Faites la demande unique en ligne (elle couvre tous les régimes) et idéalement dans les 12 mois du décès pour une prise d'effet dès le mois suivant.
Ne raisonnez pas régime par régime dans votre tête
Un même décès ouvre plusieurs réversions (base + complémentaire, parfois plusieurs carrières). Un régime peut accorder la réversion pendant qu'un autre la refuse : il faut toutes les demander et les examiner une par une, sans en oublier.
Attention au remariage selon les régimes
Vous conservez la réversion de base des salariés en vous remariant, mais vous perdez celle de l'AGIRC-ARRCO et de la fonction publique (remariage, et pour la fonction publique aussi PACS ou concubinage). Pesez-en les conséquences financières.
N'oubliez pas l'impôt dans votre budget
La réversion n'est pas un revenu net et défiscalisé : elle est imposable (après abattement de 10 %) et supporte la CSG/CRDS/CASA. Le montant réellement disponible est inférieur au brut annoncé.
Si vous êtes divorcé(e), ne renoncez pas trop vite
Même divorcé(e) depuis longtemps, si vous n'êtes pas remarié(e) vous pouvez toucher une part de la réversion au régime général. Rassemblez vos jugements de divorce et signalez toutes vos unions pour un partage correct.
Et dans les situations plus fines ?
Choisir le bon moment pour liquider sa retraite et figer sa réversion
Colette, 61 ans, vient de perdre son mari, ancien salarié. Elle touche déjà une réversion de base, mais celle-ci dépend de ses ressources — et elle continue à travailler à mi-temps sans avoir encore demandé sa propre retraite. Ce qu'elle ignore : le montant de sa réversion n'est pas définitif. Il reste révisable, à la hausse comme à la baisse, jusqu'à un point de figement — la cristallisation — qui intervient trois mois après qu'elle a liquidé tous ses droits personnels, ou à défaut à l'âge légal. Le moment où elle demande sa propre retraite décide donc du montant qui sera gravé dans le marbre.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller détermine à quelle date liquider ses droits propres pour que la réversion se fige au montant le plus favorable, en tenant compte de ses ressources à cet instant précis, et surveille la fenêtre de trois mois avant qu'elle ne se referme définitivement.
Divorcée depuis longtemps, elle a droit à une part de la réversion
Jacqueline, 68 ans, a été mariée près de trente ans à Robert avant de divorcer ; elle ne s'est jamais remariée. Robert, lui, s'était remarié quelques années avant de décéder. Beaucoup croient que le divorce fait perdre tout droit : au régime général, c'est faux. La réversion de base se partage entre Jacqueline et la seconde épouse, au prorata de la durée de chaque mariage — et comme Jacqueline a été mariée bien plus longtemps, sa part est la plus grande. Autre subtilité peu connue : si l'une des deux bénéficiaires décède un jour, sa part vient s'ajouter à celle de l'autre.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller recense toutes les unions du défunt, reconstitue les durées exactes de chaque mariage pour établir la quote-part de chacune, rassemble les jugements de divorce à produire et alerte sur le fait que le partage se fige à la première liquidation — une union oubliée fausse tout le calcul.
Chaque situation est particulière
Cette fiche donne les règles générales — votre conseiller vérifie ce qui s'applique réellement à votre patrimoine et chiffre vos options.
Faire le point avec un conseillerÀ lire ensuite
Références officielles
- CSS art. L353-1
- CSS art. L353-3
- CSS art. L353-5
- CSS art. L351-12
- CSS art. L356-1
- CSS art. L356-3
- CSS art. R353-1-1
- CPCMR art. L38 ; L40
- CGI art. 79 ; 158, 5-a
- BOI-RSA-PENS-10-10-10-10, § 40
- ANI 17 nov. 2017 ; Circ. AGIRC-ARRCO 2020-02
- LOI n° 2023-270 du 14 avr. 2023 (réforme des retraites)
Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.
Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.