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Succession & transmission

Quasi-usufruit : la créance que vous recevrez au décès

Comprendre ce que la succession vous devra, comment le sécuriser, et quand le fisc taxe cette créance entre vos mains.

Quand une personne a l'usufruit d'une somme d'argent (le droit d'en profiter et de la dépenser), elle peut la consommer librement, mais elle vous doit l'équivalent à son décès : c'est votre créance de restitution. ​Cette somme vous revient avant tout partage. ‌Selon l'origine du quasi-usufruit, cette créance réduit les droits de succession… ou, depuis la loi de finances 2024, se retrouve taxée directement entre vos mains.‌

Les repères à garder en tête

200 000 €somme donnée en nue-propriété dans l'exemple (parent de 68 ans)
60 %part de cette somme taxée lors de la donation, selon l'âge (barème art. 669)
100 000 €abattement parent-enfant, renouvelable tous les 15 ans
15 ansdélai au-delà duquel une donation antérieure n'est plus rappelée

L'essentiel à retenir

Vous devenez créancier, pas propriétaire

Vous n'avez plus de droit direct sur l'argent : l'usufruitier peut le dépenser librement. ‌Vous détenez à la place une créance, c'est-à-dire une simple dette que la succession vous remboursera à son décès. ​Cette somme vous revient avant tout partage.​

Attention au risque : une succession vide = créance perdue

Vous supportez le risque que la succession de l'usufruitier ne puisse pas vous payer. ‌Si elle est vide au décès, votre créance de restitution n'est pas recouvrée. ‌D'où l'intérêt de prévoir des garanties (caution, nantissement, hypothèque) dans une convention.​

Une convention avec date certaine est indispensable

Une simple mention dans la déclaration de succession ne suffit plus à prouver votre créance (Cass. ​com., 27 nov. ‌2024). ​Il faut une convention de quasi-usufruit enregistrée, avec date certaine, pour que votre droit soit reconnu et déductible fiscalement.​

Par défaut, on vous rend le montant nominal

Pour une somme d'argent, la loi prévoit qu'on vous restitue la valeur nominale, sans tenir compte de l'inflation (C. ​civ. ‌art. ​1895). ‌Pour vous protéger de l'érosion monétaire, la convention peut prévoir une clause d'indexation ou une dette de valeur adossée à un bien désigné.‌

Depuis 2024, certaines créances sont taxées chez vous

La donation de la nue-propriété d'une somme d'argent avec usufruit réservé au donateur est désormais à proscrire : au décès, la créance n'est plus déductible et est taxée entre vos mains (CGI art. ​774 bis). ​Les circonstances de la donation n'y changent rien.‌

Le quasi-usufruit du conjoint reste protégé

Si l'usufruit vient de votre parent survivant (option légale, donation entre époux, préciput) ou d'une assurance-vie démembrée, la dette reste déductible et réduit l'actif taxable. ​Ces cas sont hors du champ de la nouvelle taxe (§ 270 et 275).‌

Exemple chiffré concret

Un parent de 68 ans vous donne la nue-propriété de 200 000 €, en gardant l'usufruit. ​La donation est taxée sur 120 000 € (60 % de la valeur selon l'âge) après l'abattement de 100 000 €. À son décès, les 200 000 € s'ajoutent à votre part taxable, sans nouvel abattement si la donation a moins de 15 ans, mais les droits déjà payés s'imputent.

Pas de double peine, mais pas de rappel non plus

Quand la créance est taxée chez vous, les droits déjà réglés lors de la donation viennent en déduction (sans remboursement d'un éventuel excédent). Et la donation d'origine n'est pas rappelée pour alourdir le barème. La taxe est limitée au montant réellement recouvrable si la succession est insuffisante.

Déductible ou taxée chez vous : tout dépend de l'origine

La dette réduit les droits de succession (déductible)

  • Usufruit de votre parent survivant : option légale, donation entre époux ou préciput
  • Assurance-vie à clause bénéficiaire démembrée
  • Opérations subies : expropriation, indemnité, distribution de réserves

La créance est taxée entre vos mains

  • Donation de la nue-propriété d'une somme d'argent, l'usufruit étant gardé par le donateur
  • Depuis le 29 décembre 2023, quel que soit le contexte de la donation
  • Montage désormais à proscrire
L'origine du quasi-usufruit décide de tout : elle dit si la dette réduit les droits de succession ou se retrouve taxée entre vos mains.

Pour vous : identifiez d'abord d'où vient l'usufruit avant de conclure quoi que ce soit sur les droits de succession.

Source : CGI art. 774 bis ; BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 210, 270 et 275

L'exemple d'une donation de 200 000 € à 68 ans

Somme donnée en nue-propriété
200 000 €
Part taxée lors de la donation (60 % selon l'âge)
120 000 €
Abattement parent-enfant
100 000 €

Pour vous : au moment de la donation, le barème de l'article 669 ne retient que 60 % de la somme à 68 ans, puis l'abattement de 100 000 € s'applique. Mais dans ce cas précis — une somme d'argent dont le donateur garde l'usufruit — l'article 774 bis fait réintégrer les 200 000 € à votre part taxable au décès (droits de donation déjà payés imputés) : l'économie de la donation démembrée est reprise. C'est pourquoi ce montage est à proscrire.

Source : CGI art. 669 ; CGI art. 774 bis ; exemple millésime 2026 du nœud

Le parcours d'une créance de restitution

Au départ

Un quasi-usufruit se crée

Une personne reçoit le droit de dépenser une somme (succession du conjoint, donation, assurance-vie démembrée). Vous, vous détenez à la place une créance.

Sans attendre

On signe une convention

Une convention de quasi-usufruit enregistrée, avec date certaine, prouve votre créance. Depuis novembre 2024, la seule déclaration de succession ne suffit plus.

Pendant sa vie

L'usufruitier dépense librement

Il utilise les fonds comme un propriétaire. Vous supportez le risque : si sa succession est vide au décès, la créance est perdue.

À son décès

La créance vous revient

La succession vous doit l'équivalent, avant tout partage. Selon l'origine, cette dette réduit les droits de succession ou est taxée entre vos mains.

Pour vous : le bon réflexe est de formaliser la convention tôt, sans attendre le décès.

Source : C. civ. art. 587 ; Cass. com., 27 nov. 2024, n° 23-12.151 ; CGI art. 774 bis

Ce qui s'applique selon votre situation

Votre situationCe qui s'appliqueFondement
Votre parent vous a donné la nue-propriété d'une somme d'argent en gardant l'usufruit Au décès, la dette n'est pas déductible : la créance est taxée entre vos mains, quel que soit le contexte de la donation CGI art. 774 bis, I ; BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 210
L'usufruit vient de votre parent survivant (option légale, donation entre époux, préciput) La dette de restitution reste déductible et réduit l'actif taxable de la succession CGI art. 774 bis, I ; C. civ. art. 757, 1094-1, 1515 ; § 270
Vous êtes nu-propriétaire via une clause bénéficiaire démembrée d'assurance-vie La créance est déductible : l'usufruit a été constitué par un tiers, il n'a pas été « réservé » CGI art. 774 bis ; BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 275
Un bien dont le défunt s'était réservé l'usufruit est vendu et l'usufruit se reporte sur le prix Déductible seulement si vous prouvez l'absence de but principalement fiscal (délai, motivations patrimoniales, votre rôle actif) CGI art. 774 bis, I, al. 2 ; § 230 à 250
Une créance démembrée est remboursée, ou un contrat de capitalisation démembré est racheté Même traitement que la vente : déductible sous condition de prouver l'absence de but principalement fiscal BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 210 et 240
L'usufruit naît d'une opération subie (expropriation, indemnité d'assurance, distribution de réserves) Dette déductible en principe : documentez le rôle réel de l'usufruitier dans la décision BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 270
La convention de quasi-usufruit n'a pas de date certaine avant le décès La dette est présumée fictive et rejetée : elle n'est pas déductible fiscalement CGI art. 773, 2° ; § 20 et 80
La créance n'est pas déductible et vous êtes nu-propriétaire Vous seul payez les droits de succession sur la valeur de la créance, selon votre lien de parenté, avec imputation des droits déjà réglés CGI art. 774 bis, II ; § 280 à 350
Vous êtes descendant et le conjoint survivant a été gratifié par libéralité Vous pouvez toujours exiger un inventaire et l'emploi des sommes : c'est d'ordre public, aucune dispense ne l'écarte C. civ. art. 1094-3
Une somme importante vous est donnée en nue-propriété avant une vente envisagée Ne rien imposer dans l'acte : prévoir un remploi en démembrement, avec quasi-usufruit décidé d'un commun accord au moment de la vente, jamais après BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20, § 250 ; CE, 30 déc. 2009 et 14 oct. 2015
La convention ne protège pas contre l'inflation Vous êtes remboursé de la valeur nominale seulement : prévoyez une clause d'indexation ou une dette de valeur C. civ. art. 1895 ; CMF art. L112-2 ; Cass. civ. 3, 14 janv. 2016

Les pièges à éviter

N'attendez pas le décès pour formaliser la créance

Faites établir et enregistrer une convention de quasi-usufruit avec date certaine, même quand le quasi-usufruit est d'origine légale. Depuis novembre 2024, la seule déclaration de succession ne suffit plus à établir votre créance.

Fuyez la donation d'argent avec usufruit réservé

Ce montage (donner la nue-propriété d'une somme d'argent en gardant l'usufruit) est désormais à proscrire : au décès, la créance est taxée entre vos mains sans être déductible. Faites réexaminer toute opération de ce type signée avant 2024.

Respectez la chronologie donation puis vente

Une convention de quasi-usufruit signée après la vente, alors que les fonds sont déjà versés, est requalifiée en donation fictive et en abus de droit. La convention doit être antérieure ou concomitante à la cession, jamais postérieure.

Exigez des dispenses ou obligations écrites noir sur blanc

La dispense d'inventaire, de caution ou d'emploi peut être jugée tacite par le juge (Cass. civ. 1, 29 sept. 2021). Pour éviter les litiges, faites stipuler expressément dans l'acte ce qui est dispensé ou obligatoire.

Le remploi en assurance-vie n'efface pas la dette

Replacer les fonds dans une assurance-vie à votre profit n'éteint pas la créance : les deux coexistent (Cass. com., 11 oct. 2023). Pour rembourser réellement par ce biais, il faut vous désigner bénéficiaire « à titre onéreux » à hauteur de la créance.

Pour aller plus loin avec votre conseiller

Cas avancé

Vendre son entreprise et garder l'usage du prix de vente

Philippe, 61 ans, va céder la société qu'il a bâtie. Avant la vente, il donne à ses deux enfants la nue-propriété de ses titres et conserve l'usufruit. Le jour de la cession, cet usufruit ne disparaît pas : il se reporte sur le prix de vente. Concrètement, Philippe peut continuer à faire fructifier la totalité de la somme sa vie durant, à charge d'en restituer l'équivalent à ses enfants à son décès. Il transmet aujourd'hui, sans se couper des moyens de vivre demain.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller verrouille la chronologie — donation d'abord, vente ensuite, jamais l'inverse — et fait rédiger la convention de quasi-usufruit avant ou le jour même de la cession. Surtout, il constitue le dossier qui prouve que l'opération n'a pas un but principalement fiscal (besoins de train de vie, rôle réel des enfants, délai) : c'est cette preuve qui conditionne la déduction de la créance au décès.

Cas avancé

Désamorcer une donation d'argent devenue taxable depuis 2024

Jacqueline, 74 ans, a donné il y a quelques années à sa fille la nue-propriété d'une somme d'argent en gardant l'usufruit — un montage alors très répandu pour transmettre tôt. Le problème : depuis la loi de finances 2024, à son décès cette créance sera taxée entre les mains de sa fille sans réduire la succession. Le montage s'est retourné contre elle sans qu'elle ait rien changé. Il existe des façons de purger cette situation de son vivant, avant que la note ne tombe.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller chiffre le coût de l'inaction face au coût immédiat de chaque sortie possible (transformer le quasi-usufruit en usufruit ordinaire si l'argent n'a pas été dépensé, convertir en rente, ou rembourser par anticipation), puis oriente vers la voie la plus neutre et la sécurise par convention enregistrée.

Chaque situation est particulière

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Références officielles

Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.

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