Détaché à l'étranger : mon salaire est-il exonéré d'impôt ?
Comprenez si votre salaire gagné en mission à l'étranger peut échapper à l'impôt français, et à quelles conditions.
Si vous partez en mission à l'étranger tout en restant domicilié fiscalement en France, votre salaire peut être totalement ou partiellement exonéré d'impôt sur le revenu (article 81 A du Code général des impôts). Trois cas existent : un impôt local lourd, une mission longue dans un secteur précis, ou de simples primes d'expatriation. Attention : même exonéré, ce salaire est pris en compte pour calculer votre taux d'imposition sur le reste de vos revenus.
En chiffres
À comprendre avant d'agir
Deux questions à ne jamais mélanger
Où vous cotisez (Sécurité sociale) et où vous êtes imposé (impôt) sont deux sujets séparés. Vous pouvez rester à la Sécurité sociale française tout en ayant votre salaire exonéré d'impôt, ou l'inverse.
Rester couvert par la Sécu française
En Union européenne, EEE ou Suisse, vous restez au régime français grâce au certificat A1. Hors de cette zone, une convention entre la France et le pays d'accueil s'applique. Sans convention, vous risquez une double cotisation (souvent gérée via la Caisse des Français de l'étranger).
Quatre conditions obligatoires pour toute exonération
Il faut réunir les quatre : garder votre domicile fiscal en France, être salarié (avec un vrai contrat de travail), avoir un employeur en France, UE ou EEE, et exercer dans un pays tiers à la fois à la France et au pays de votre employeur. Sans ces quatre conditions, aucune exonération.
Exonération totale n° 1 : impôt local élevé
Si l'impôt payé dans le pays d'exercice atteint au moins les deux tiers de ce que vous auriez payé en France sur le même salaire, votre salaire est totalement exonéré. Il faut le prouver avec une attestation de l'employeur et un document fiscal étranger.
Exonération totale n° 2 : mission longue dans un secteur précis
Plus de 183 jours sur 12 mois dans des secteurs limités (chantiers, ensembles industriels, extraction de ressources, marins). Pour la prospection commerciale à l'étranger, le seuil tombe à 120 jours.
Exonération partielle : vos primes d'expatriation
Si vous n'entrez dans aucun cas total, vos majorations de salaire liées à l'expatriation peuvent être exonérées, dans la limite de 40 % de votre rémunération annuelle hors primes. Exemple : sur 200 000 € de salaire, jusqu'à 80 000 € de primes exonérées.
Exonéré ne veut pas dire oublié
Même exonéré, votre salaire est utilisé pour calculer votre taux d'imposition sur vos autres revenus (taux effectif). Il se déclare en 2042-C, cases 1AC et suivantes, jamais en case 8TI ni sur le formulaire 2047.
Frontaliers et fonctionnaires : cas à part
Si vous rentrez chez vous chaque jour (frontalier), vous n'avez aucune exonération. Si vous êtes fonctionnaire, vous n'avez pas droit à l'exonération 183/120 jours, mais gardez celle des deux tiers et celle des primes.
Combien de jours de mission pour être totalement exonéré ?
Il faut dépasser ce nombre de jours de mission sur 12 mois pour que votre salaire soit totalement exonéré.
Source : CGI art. 81 A, I, 2° ; BOI-RSA-GEO-10-20
Jusqu'où vos primes d'expatriation sont-elles exonérées ?
primes exonérées au maximum200 000 €
salaire annuel hors primes
Vos primes d'expatriation sont exonérées jusqu'à 40 % de votre salaire annuel : ici, 80 000 € sur un salaire de 200 000 €.
Source : CGI art. 81 A, II ; BOI-RSA-GEO-10-30-10 (ex. millésime 2026)
Dans quel ordre vérifier votre droit à l'exonération
Les 4 conditions de base
Garder votre domicile fiscal en France, être salarié, avoir un employeur en France, dans l'UE ou l'EEE, et travailler dans un pays tiers. Sans ces quatre conditions, aucune exonération.
Impôt local élevé ?
Si l'impôt payé à l'étranger atteint au moins les deux tiers de l'impôt français, votre salaire est totalement exonéré.
Mission longue ?
Plus de 183 jours dans un secteur éligible, ou plus de 120 jours en prospection commerciale : votre salaire est totalement exonéré.
Sinon, vos primes
À défaut, vos primes d'expatriation sont exonérées jusqu'à 40 % de votre salaire annuel hors primes.
On examine ces cas dans l'ordre : le premier qui s'applique à votre situation donne votre exonération.
Source : CGI art. 81 A ; BOI-RSA-GEO-10-10 et BOI-RSA-GEO-10-20
Votre cas, ce que prévoit la règle
| Votre situation | Ce qui s'applique | Fondement |
|---|---|---|
| Vous ne gardez pas votre domicile fiscal en France | Aucune exonération de l'article 81 A possible : le régime suppose un domicile fiscal maintenu en France. | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-10 |
| Votre employeur est établi en Suisse, à Monaco, en Andorre, au Liechtenstein ou au Royaume-Uni | Régime exclu : l'employeur doit être en France, dans l'UE ou l'EEE (le Royaume-Uni est exclu depuis le Brexit). | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-10 |
| Vous êtes mandataire social sans contrat de travail, ou gérant majoritaire de SARL | Pas d'exonération : il faut être salarié. Le gérant majoritaire de SARL n'est jamais salarié. | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-10 |
| Vous rentrez chez vous chaque jour (travailleur frontalier) | Vous n'êtes pas considéré comme détaché : aucune exonération totale ni partielle. | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-10 |
| L'impôt payé à l'étranger atteint au moins les deux tiers de l'impôt français | Exonération totale du salaire, sur justification (attestation employeur + document fiscal étranger). | CGI art. 81 A, I, 1° ; BOI-RSA-GEO-10-20 |
| Mission de plus de 183 jours sur 12 mois dans un secteur éligible (chantiers, industrie, ressources, marins) | Exonération totale du salaire. | CGI art. 81 A, I, 2° ; BOI-RSA-GEO-10-20 |
| Prospection commerciale à l'étranger de plus de 120 jours sur 12 mois | Exonération totale du salaire, si vous exercez une fonction commerciale de vente ou d'export dans l'entreprise. | CGI art. 81 A, I, 2° ; BOI-RSA-GEO-10-20 |
| Vous touchez des primes d'expatriation sans remplir les conditions d'exonération totale | Exonération partielle des primes si elles sont dans l'intérêt de l'employeur, justifiées par un séjour de 24 h minimum et fixées à l'avance. | CGI art. 81 A, II ; BOI-RSA-GEO-10-30-10 |
| Vos primes exonérées dépassent 40 % de votre rémunération annuelle hors primes | La part au-delà de 40 % reste imposable. | CE 10 avr. 2015 ; BOI-RSA-GEO-10-30-10 |
| Votre salaire est exonéré au titre de l'article 81 A | Il est quand même pris en compte pour le taux effectif : à déclarer en 2042-C cases 1AC+, jamais en 8TI ni au 2047. | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-20 |
| Vous êtes fonctionnaire détaché à l'étranger | Pas d'exonération 183/120 jours, mais vous gardez l'exonération des deux tiers et celle des primes. | CGI art. 81 A, I ; BOI-RSA-GEO-10-10 |
| Vous revenez ensuite travailler en France | L'exonération des primes est cumulable avec le régime des impatriés. | Doc. « Travailleurs détachés » ; CGI art. 155 B |
Ce qui piège le plus souvent
Vérifiez qui est votre vrai employeur
L'administration regarde quel établissement exerce réellement le rôle d'employeur, pas seulement la signature du contrat. Un contrat avec une entité hors UE peut suffire si c'est bien l'établissement français qui dirige. Documentez ce point avant votre départ.
Ne déclarez pas votre salaire exonéré au mauvais endroit
Déclarez-le en 2042-C, cases 1AC et suivantes. Ne l'inscrivez jamais en case 8TI ni sur le formulaire 2047 : ce sont des erreurs fréquentes qui faussent votre imposition.
Conservez toutes vos preuves de durée
Ordres de mission, titres de transport, notes d'hôtel : gardez tout pour justifier les 183 ou 120 jours. Le décompte court du premier départ au retour définitif, congés liés à la mission inclus.
Demandez une attestation détaillée à votre employeur
Réclamez une attestation qui sépare bien votre salaire de base, vos primes d'expatriation et vos remboursements de frais. Sans cette ventilation, l'exonération des primes est difficile à obtenir.
La prospection doit profiter à votre propre société
Si vous prospectez pour développer la société mère et non la filiale qui vous emploie, l'exonération « prospection commerciale » peut vous être refusée.
Là où un conseiller change la donne
Commercial à l'étranger : 20 jours de plus qui changent tout
Sophie, 38 ans, responsable export d'une PME française, passe environ 100 jours par an à prospecter des clients en Asie. À ce rythme, seules ses primes d'expatriation sont exonérées, dans la limite de 40 % de sa rémunération annuelle. Mais le Code général des impôts prévoit qu'au-delà de 120 jours de prospection commerciale sur 12 mois, c'est la totalité de son salaire qui devient exonérée. Vingt jours de mission en plus, correctement décomptés, peuvent donc faire basculer d'une exonération partielle à une exonération totale.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller reconstitue le décompte réel des jours (le départ, le retour et les week-ends liés à la mission comptent), vérifie que la fonction de Sophie relève bien de la vente ou de l'export au sein de l'entreprise, et l'aide à organiser puis à prouver son calendrier de déplacements pour franchir le seuil des 120 jours.
Après des années détaché, préparer son retour en France
Karim, 42 ans, ingénieur en génie civil, enchaîne depuis quatre ans les missions de chantier au Moyen-Orient. Son salaire est exonéré d'impôt en France pendant ces missions, et il imagine que l'avantage s'arrêtera net le jour où il rentrera. Ce qu'il ignore : à son retour, s'il est recruté par une entreprise française et redevient nouvellement résident fiscal, il peut basculer sur le régime des impatriés. Les deux dispositifs ne se cumulent jamais en même temps, mais ils s'enchaînent : l'exonération pendant la mission, puis un nouvel allègement à l'entrée en France.
Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller cadre la chronologie des deux régimes, vérifie que Karim remplit bien la condition de résident fiscal nouvellement installé, et l'aide à négocier son contrat de retour pour que les conditions du régime des impatriés soient réunies sans chevauchement avec le détachement.
Chaque situation est particulière
Vous vous êtes reconnu dans cette fiche ? La prochaine étape est un échange concret, chiffres de votre dossier à l'appui.
Faire le point avec un conseillerÀ lire ensuite
Références officielles
- CGI art. 81 A (I, 1° ; I, 2° ; II)
- CGI art. 4 B
- CGI art. 155 B
- BOI-RSA-GEO-10-10
- BOI-RSA-GEO-10-20
- BOI-RSA-GEO-10-30-10
- BOI-RSA-GEO-10-30-20
- BOI-INT-DG-20-20
- BOI-INT-DG-20-20-100
- LOI n° 2026-103 du 19 févr. 2026, art. 3
- CE, 15 mars 2024, n° 464216
- CE, 10 avr. 2015, n° 365851
Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.
Ces contenus sont fournis à titre d'information générale (millésime 2026) : ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique, fiscale ou patrimoniale, et ne remplacent pas les conseils d'un conseiller en gestion de patrimoine, d'un notaire ou d'un avocat, seuls à même d'apprécier votre situation particulière. Les règles et montants cités sont susceptibles d'évoluer avec la législation. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.