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Finance comportementale

Le questionnaire de risque : pourquoi on va plus loin

Comprendre comment votre conseiller mesure vraiment votre rapport au risque, et pourquoi il ne se fie pas qu'au formulaire.

Le questionnaire réglementaire où vous vous notez vous-même est utile mais fragile : la façon de poser les questions peut fausser vos réponses, et ce que vous déclarez n'est pas toujours ce que vous feriez un jour de krach. ‌Chez Ploovers, on enrichit ce questionnaire pour distinguer trois choses différentes — ce que vous voulez risquer, ce que vous pouvez encaisser et ce dont votre projet a besoin — et on recoupe vos réponses avec vos décisions passées. ‌Objectif : un profil juste, qui tienne le jour où les marchés chutent.​

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Les points clés, en clair

Se noter soi-même ne suffit pas

Un questionnaire où vous vous évaluez vous-même explique en réalité une faible part des différences de prise de risque entre épargnants. ‌C'est pour cela que votre conseiller ne s'arrête jamais au seul formulaire : il regarde aussi ce que vous avez concrètement fait par le passé.‌

Trois choses différentes, mesurées séparément

La tolérance (ce que vous êtes prêt à risquer émotionnellement), la capacité (ce que vos finances peuvent encaisser sans casser vos projets) et le besoin (le rendement dont votre projet a besoin). ‌On ne les additionne pas en une note unique : les mélanger conduit à un mauvais profil.‌

On teste aussi le krach, pas seulement les hauts et les bas normaux

Une baisse ordinaire, on la comprend. ​Mais c'est un choc sévère (de l'ampleur de 2008-2009) qui fait dérailler les plans. ​On vous présente ce scénario extrême et on recueille votre réaction : c'est ce qu'on appelle votre sang-froid (composure).​

La formulation change votre réponse

Une question posée côté « gain » (« et si ça montait ? ‌») vous pousse à répondre plus audacieux ; posée côté « perte » (« et si ça baissait ? ‌»), plus prudent. ‌Pour ne pas vous piéger, on vous pose les deux versions et on compare.​

Un chiffre montré sert d'ancre

Si on vous montre une échelle ou un exemple chiffré avant votre réponse, votre réponse reste « collée » à ce chiffre. ‌C'est pourquoi on vous demande d'abord, en question ouverte : « quelle baisse, en euros ou en %, vous ferait vendre ? ​» avant de vous montrer quoi que ce soit.‌

Ce que vous dites n'est pas ce que vous ferez

Face au conseiller, on a tendance à répondre ce qu'on croit devoir dire (paraître prudent, ou courageux). ‌Le vrai signal, c'est ce que vous avez fait, par exemple, en mars 2020. ‌On préfère « qu'avez-vous fait ? ‌» à « que feriez-vous ? ‌».‌

Surestimer sa tolérance est fréquent

Beaucoup de gens qui suivent les tendances surestiment leur tolérance au risque et disent oui à ce qui semble une bonne idée. ​Le scénario de krach et vos comportements passés servent à vérifier que votre « oui » enthousiaste tiendra le choc.‌

Un profil « trop net » doit rendre méfiant

Enchaîner des questions qui disent la même chose donne un profil qui paraît clair, mais pas forcément plus juste — cela gonfle la confiance, pas l'exactitude. Un bon questionnaire évite ces répétitions.

Comment votre profil de risque est construit

Étape 1

On sépare trois choses

Ce que vous pouvez encaisser (vos faits : horizon, revenus, épargne de précaution), ce que vous supportez émotionnellement et ce dont votre projet a besoin. Jamais mélangés dans une note unique.

Étape 2

On pose des questions équilibrées

Chaque scénario vous est présenté côté gain ET côté perte, et on vous demande votre propre chiffre avant de vous montrer la moindre échelle, pour ne pas vous influencer.

Étape 3

On teste le krach

On vous présente un choc sévère (de l'ampleur de 2008-2009) et on recueille votre réaction : c'est votre sang-froid, distinct de votre calme en temps normal.

Étape 4

On recoupe avec vos décisions passées

Vos réponses sont confrontées à ce que vous avez réellement fait (par exemple en mars 2020). Un écart entre les deux est un signal à comprendre, pas une donnée à enregistrer telle quelle.

Étape 5

On arbitre et on trace tout

Si ce que vous pouvez et ce que vous supportez divergent, on retient la version la plus prudente et on vous l'explique. Questionnaire, écarts et décision finale sont documentés.

Votre profil ne repose jamais sur le seul formulaire que vous remplissez : il est recoupé et testé.

Source : Pompian, Risk Profiling ; ESMA suitability MiFID II ; AMF DOC-2019-03

Deux choses différentes qu'on ne confond pas

Capacité — ce que vous POUVEZ encaisser

  • Se mesure sur des faits : votre horizon, vos revenus, votre épargne de précaution
  • C'est votre aptitude financière à absorber une perte sans casser vos projets

Tolérance — ce que vous SUPPORTEZ émotionnellement

  • Se mesure sur votre ressenti : votre volonté d'accepter le risque
  • Un « oui » enthousiaste en marché haussier ne dit pas comment vous tiendrez un krach
Quand les deux divergent, on retient la plus prudente des deux et on vous l'explique clairement.

Un seul « score de risque » qui mélange les deux peut vous donner un mauvais profil.

Source : Pompian, Risk Profiling Through a Behavioral Finance Lens

Votre cas, ce que prévoit la règle

Votre profil repose seulement sur le formulaire où vous vous êtes noté

Ce n'est pas suffisant : il faut le croiser avec vos expériences, vos décisions passées et votre tempérament, sinon le profil peut vous égarer.

Pompian, Risk Profiling Through a Behavioral Finance Lens

On construit ou révise votre profil de risque

On mesure séparément ce que vous voulez (tolérance), ce que vous pouvez (capacité) et ce dont votre projet a besoin — pas une note unique.

Pompian, Risk Profiling

Une question vous est posée seulement côté « gain » ou seulement côté « perte »

Elle biaise votre réponse ; on équilibre en vous posant les deux versions avant de conclure.

Pompian ; Tversky & Kahneman, 1981

On vous montre une échelle ou un exemple chiffré avant votre réponse

Votre réponse reste collée à ce chiffre ; on pose donc la question ouverte d'abord.

Tversky & Kahneman, 1974

Le questionnaire est rempli face au conseiller ou en auto-déclaration

Vous pouvez répondre ce que vous croyez attendu ; on recoupe avec vos décisions réellement prises.

Pompian, Risk Profiling

Vous suivez volontiers les tendances et affichez une tolérance élevée

Risque de surestimation : on vérifie par vos comportements passés et le scénario de krach.

Pompian, Risk Profiling

On mesure votre tolérance au risque

On teste aussi votre réaction à un choc sévère (type 2008-2009), pas seulement aux variations normales.

Pompian, Risk Profiling

Votre capacité et votre tolérance ne sont pas au même niveau

On retient la plus prudente des deux et on vous l'explique clairement.

Pompian, Risk Profiling

Une recommandation d'investissement s'appuie sur votre profil

Le questionnaire, les recoupements, les écarts et votre décision finale sont tracés (adéquation MIF II / DDA).

ESMA, Guidelines suitability MiFID II ; AMF DOC-2019-03

Une interface ou une formulation oriente votre réponse vers un produit

C'est interdit : exploiter un biais pour orienter votre profil vers une vente relève du sludge, c'est-à-dire une friction ou une manœuvre déloyale glissée dans le parcours pour infléchir votre choix au profit du vendeur — l'exact opposé d'une aide honnête à la décision.

AMF, Lettre de l'Observatoire de l'épargne ; ESMA suitability

Du temps a passé depuis votre dernier questionnaire

Votre tolérance perçue a pu bouger avec les marchés récents : le profil se rafraîchit, il n'est pas figé.

Pompian, Risk Profiling

Ce qui piège le plus souvent

Ne vous fiez pas à un « score de risque » unique

Méfiez-vous d'un profil résumé en une seule note. Demandez qu'on distingue ce que vous pouvez encaisser de ce que vous supportez émotionnellement : ce sont deux choses, et elles peuvent diverger.

Attention à répondre « ce qu'il faut dire »

Ne cherchez pas à paraître courageux ou raisonnable. Répondez ce que vous ressentez vraiment. Le meilleur repère, c'est ce que vous avez réellement fait lors d'une baisse passée.

Un « oui » enthousiaste en marché haussier ne prouve rien

Dire oui à un beau scénario de hausse ne dit pas comment vous tiendrez un krach. Exigez qu'on teste aussi votre réaction à une forte chute avant de valider un profil dynamique.

Ne vous laissez pas ancrer par un chiffre

Si on vous propose un exemple de rendement ou une échelle avant votre réponse, ce chiffre va vous influencer. Donnez d'abord votre propre chiffre (en euros ou en %), ensuite regardez l'échelle.

Un questionnaire qui vous pousse vers un produit est un signal d'alerte

Si l'ordre des questions, des cases pré-cochées ou le ton semblent vous orienter vers un placement précis, c'est contraire au devoir de conseil. Le profilage doit servir votre intérêt, pas une vente.

Avez-vous tout suivi ?

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Pourquoi votre conseiller ne se contente-t-il pas du questionnaire où vous vous notez vous-même ?

Un questionnaire d'auto-évaluation est peu fiable ; on le croise avec vos expériences de vie, vos décisions passées et votre tempérament (Pompian, Risk Profiling).

On vous pose la même question « une fois côté gain, une fois côté perte ». Pourquoi ?

Une question cadrée « gain » appelle une réponse preneuse de risque, cadrée « perte » une réponse plus prudente : on équilibre les deux versions pour ne pas fausser votre profil (Tversky & Kahneman, 1981).

Pourquoi vous demande-t-on votre propre chiffre (« quelle baisse vous ferait vendre ? ») AVANT de vous montrer une échelle ?

Tout nombre proposé sert d'ancre, l'ajustement reste insuffisant, et même récompenser l'exactitude ne supprime pas l'effet : on pose donc la question ouverte d'abord (Tversky & Kahneman, 1974).

Là où un conseiller change la donne

Cas avancé

Le profil « offensif » emprunté à un proche qui s'y connaît

Léa, 45 ans, veut placer un héritage avec son mari. Elle penche pour un profil très offensif parce que son frère, qui « s'y connaît en Bourse », lui répète que c'est le bon moment. Son conseiller les profile chacun de leur côté, et s'aperçoit que cet appétit pour le risque appartient au frère, pas à Léa. Quand on lui présente un scénario de forte chute, de l'ampleur de celle de 2008-2009, son « oui » enthousiaste ne tient plus.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller démêle la tolérance propre de Léa de l'influence de son entourage, l'éprouve par le scénario de choc et par ce qu'elle a fait lors des baisses passées, puis fixe un profil qui tiendra le jour d'un recul plutôt qu'un profil offensif qui casserait au premier krach. Il note cet écart et la décision finale, comme l'exige le devoir de conseil.

Cas avancé

Prudent depuis 2008 : vraie prudence, ou peur ancrée ?

Marc, 54 ans, garde tout sur son fonds en euros depuis qu'il a vendu au pire moment lors de la crise de 2008. Pourtant son horizon de retraite est encore lointain, son épargne de précaution est intacte et ses revenus sont stables : ce qu'il peut encaisser est en réalité élevé. C'est ce qu'il supporte qui est resté bloqué sur un mauvais souvenir. En lui demandant d'abord, sans échelle sous les yeux, quelle baisse le ferait vendre, puis en comparant la question posée côté « et si ça montait ? » à sa version côté « et si ça baissait ? », le conseiller met au jour une prudence accrochée à un seul épisode, pas à sa situation d'aujourd'hui.

Ce que votre conseiller apporte : Le conseiller sépare la capacité de la tolérance, montre à Marc d'où vient sa prudence et lui rend un choix vraiment éclairé, sans jamais le pousser : une prudence assumée reste parfaitement légitime. Il consigne le raisonnement et programme une revue, car le rapport au risque se déplace avec le temps.

Chaque situation est particulière

Cette fiche donne les règles générales — votre conseiller vérifie ce qui s'applique réellement à votre patrimoine et chiffre vos options.

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À lire ensuite

Références officielles

  • Pompian, Risk Profiling Through a Behavioral Finance Lens (CFA, 2016)
  • Tversky & Kahneman, 1974 (Judgment under Uncertainty: Heuristics and Biases)
  • Tversky & Kahneman, 1981 (cadrage)
  • ESMA, Guidelines suitability MiFID II (ESMA35-43-3172)
  • AMF DOC-2019-03
  • AMF, Lettre de l'Observatoire de l'épargne (gamification)
  • CFA Institute, The Behavioral Biases of Individuals
  • Fulkerson, Jordan, Riley & Yan, 2026 (FAJ, réfutation du « behavior gap »)

Fiche issue de la base de connaissance patrimoniale Ploovers — millésime 2026, mise à jour le 2026-07-11. Contenu en cours de validation par nos experts.

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